> RÉSIDENCE

> 13 AU 19 JUIN 2016.

> SORTIE DE RÉSIDENCE

> VENDREDI 17 JUIN 20H

> SAMEDI 18 JUIN 19H

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Equipe artistique

Mise en scène : Tatiana Spivakova

Collaboratrice artistique : Christelle Saez

Création lumière : Cristobal Castillo

Création image et vidéo : J.Saez

Scénographie : Alexis Diers

Costumes : Elsa Fabrega

Distribution


DORA DOULEBOV : Christelle Saez
LA GRANDE-DUCHESSE : Viktoria Kozlova
IVAN KALIAYEV : Loïc Riewer
STEPAN FEDOROV
 / LE GARDIEN : Amir Abou El Kacem

BORIS ANNENKOV
 : Yacine Ait Benhassi
ALEXIS VOINOV / FOKA : Pierre Giafferi

SKOURATOV : Tatiana Spivakova

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« Le XVIIe siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIIIe celui des sciences physiques, et le XIXe celui de la biologie. Notre XXe siècle est le siècle de la peur. » écrit Albert Camus dans Ni victimes, Ni bourreaux en 1948. Malraux aurait prédit le XXIe siècle comme « un siècle religieux ».

Notre siècle – ou la somme des siècles précédents, semble être le siècle de l’illimité, de l’incommensurable.

Les avancées techniques et technologiques nous dépassent. Les banques contrôlent le monde. La guerre détruit continents, peuples et nations. Et sur la scène mondiale, nous sommes tous des victimes potentielles de la terreur.
Face au sentiment d’impuissance dans laquelle nous plonge cette lucidité réductrice, je me suis retrouvée paralysée. Paralysée et fascinée par cette violence omniprésente.

La violence répugne et sidère, elle nous ôte la faculté de penser, nous façonne à son image. Bouche bée, je regarde cette violence dont la puissance des moyens d’anéantissement dépasse les frontières du possible.

« Peut on parler de l’action terroriste sans y prendre part ? » demande Kaliayev dans Les Justes.

Camus me sort du marasme. Me pousse à réfléchir, à tenter de comprendre. Sans donner raison à ces « meurtriers délicats », il leur donne des raisons. Il ouvre au dialogue. Comprendre mieux pour mieux combattre. Il se place au cœur de la tension, entre l’injustifiable et l’inévitable, entre la limite et l’exception, tentant de cerner le chaos.

Camus me sauve de ma paralysie. Et je monte Les Justes.
Ma révolte commence ici.
Dire « non » à l’absurdité de notre condition et dire « oui » à la vie.

Les justes dessine une anthropologie du geste terroriste comme moyen d’action politique. La figure du terrorisme justifiable s’oppose à celle du terrorisme radical. Le « meurtrier délicat » au « meurtrier logique ».

Pour Kaliayev, le meurtre commis est une transgression inexcusable mais nécessaire. Porté par un dévouement sans bornes, par l’amour du peuple, et l’envie de bâtir une cité juste - libérée de l’autocratie, il se heurte pourtant à son code d’honneur et se refuse à lancer la bombe destinée à tuer le grand duc Serge à la vue des enfants assis à ses côtés.
Il accepte de donner la mort au despote et payer de sa vie pour la vie d’un autre, mais ne peut se résoudre à faire des victimes innocentes, dommages collatéraux.

Stepan - homme de fer, raide et déterminé, met la justice au dessus de la vie, il veut tuer le despotisme et discrédite les cas individuels. Son exigence du succès historique suspend l’exigence morale.

La disjonction entre la victime et la cible est alors brisée par le regard. La vue des enfants fait réapparaître la victime innocente au delà de la cible et s’érige face à l’idée abstraite du meurtre d’une tyrannie au profit de générations futures.

C’est ici que l’intrigue se noue. Dans ce fossé entre le nihilisme moral de l’un et l’exigence éthique de l’autre - en quête désespérée de justification et de mesure. La liberté de tuer fait face à l’inéluctable culpabilité. Les personnages ne cessent de douter, de questionner leur détermination. L’ambiguïté du doute les rend irrémédiablement humains. L’espoir d’une autre justice ne les quitte jamais.

« L'homme peut-il à lui seul créer ses propres valeurs ? » se demande Camus.

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 Note d’intention scénographique :

Un appartement abandonné nous donne à voir les stigmates de sa précédente vie : le tic-tac d’une horloge, le craquement du parquet ou encore la douce lueur du soleil filtrant à travers la poussière en suspension baignent ce lieu d’une atmosphère irréelle. On comprend que tout peut s’y passer car on est hors du monde, hors du temps. Un espace commun, lieu de vie et de discussion, jouxte un vestibule plus intime et sombre, où le ton est plus à la confidence. Dans l’appartement comme dans la prison, les bornes sont suggérées par des symboles, des reliquats aussi visuels que sonores. En effet, le bruit d’une porte que l’on verrouille est aussi évocateur que la vision des barreaux.

 

 
 

Christelle SAEZ

compagniementomori@gmail.com

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